J’adore encourager les vignerons du Québec. Quand les vins sont bons. J’admire leur détermination. Il en faut, pour produire des vins sous notre climat rigoureux.
D’ailleurs, les propriétaires du domaine des Pervenches, Michael Marler (à droite sur la photo) et Véronique Hupin, quand ils ont décidé de se lancer dans l’aventure du vin, avaient-ils jeté leur dévolu sur l’Eldorado qu’était alors le Chili. Mais pour diverses raisons, entre autres qu’ils souhaitaient opérer une petite propriété, ils ont changé d’idée. Au Chili, les petites productions font déjà plusieurs dizaines d’hectares, trop gros à leur goût.
C’est pourquoi ils ont plutôt décidé de s’installer du côté de Farnham, en Montérégie, où ils ont acheté le petit vignoble des Pervenches. À peine quatre hectares plantés des cépages seyval et chardonnay (ils produisent la seule cuvée 100% chardonnay au Québec) en blanc, maréchal Foch et frontenac en rouge.
Du raisin cultivé selon les principes de l’agriculture biodynamique de surcroît.
Aux Pervenches, on est modeste. Pas question de produire une foule de cuvées. On ne commercialise que ce qu’on réussit très bien.
Je vous ai probablement déjà mentionné qu’à quelques exceptions près, je crois peu dans le potentiel des vins rouges du Québec. Il y a de belles promesses du côté des blancs et des mousseux. Mais les rouges sont souvent porteurs de tannins trop verts et manquent de charme. La faute aux cépages rustiques que l’on utilise? Au climat?
Mais les Pervenches font partie des quelques exceptions, avec cette pimpante cuvée Solinou.
Le cépage Frontenac, souvent tannique chargé d’acidité, s’exprime ici tout en délicatesse, en fraîcheur et en petits fruits. Les tanins sont discrets, pour ne pas dire imperceptibles.
Pourquoi? Michael fait subir une macération carbonique à ses raisins, technique beaujolaise de fermentation en grappes entières qui permet d’atténuer la dureté de certains vins. Encore mieux, on vinifie aussi pratiquement sans ajout de souffre (les fameux sulfites), et on peut considérer les vins de la maison comme non seulement bios, mais natures. Du jus de raisins quoi.
Résultat, un joli nez de fraises et de framboises, comme si elles étaient légèrement trop mures, des épices, un léger côté gomme de sapin et vanille.
La bouche est toute en douceur, en compote de petits fruits rouges, et parfaitement conforme à ce que notre nez a détecté.
Je ne dirais pas qu’il est bon pour un vin québécois. Je dirais qu’il est très bon. Point.
Il n’est cependant pas facile à trouver, ailleurs qu’au domaine. Vous pouvez contacter l’agence La QV http://www.laqv.ca/ qui le distribue pour en commander, ou consulter le site Web du domaine qui comporte une liste des nombreux restos du Québec où l’on peut le boire.
Solinou 2010
Vignoble des Pervenches, Farnham, Québec
750 ml – 15 $